Avec Martelly aucune négociation n’est possible.

Cafards, zoblods, extrémistes, kamikazes, sont autant des qualificatifs que la crise politique actuelle remet à la mode aujourd’hui. Bien que ces mots existaient déjà, toutefois leur usage en politique change leur sens. Le contexte y est aussi pour beaucoup. Mais, paradoxal que cela puisse paraitre, ces mots s’adressent à des sénateurs qui étaient, jusqu’à 12 janvier 2015, couverts par l’immunité parlementaire et jouissaient d’une certaine honorabilité liée au prestige de la fonction. Et qui Pis est, ces qualificatifs sont utilisés, sans gêne, par les membres du pouvoir de l’état à l’encontre des membres du Groupe 6 au Sénat de la République. Pourquoi ?

La raison en est simple et se comprend. Le pouvoir se sentait ébranlé en ce moment et qu’il devrait tout faire pour renforcer le sentiment que les sénateurs ne comprenaient pas le sens du dialogue que prônait le Chef de l’État, démarche nécessaire pour le fonctionnement normal de tout système démocratique. En dépit des attaques répétées de la part de certains membres du gouvernement de l’équipe gouvernementale spécialement du porte-parole du gouvernement et du ministre de la communication à l’encontre de certains sénateurs, les membres du G-6 n’ont pas plié l’échine et restaient sourds aux appels au dialogue du gouvernement .

Entre temps, la grogne continuait à monter et l’échéance du 12 janvier s’approchait inexorablement créant ainsi une psychose de peur et de malaise au sein de la classe politique en particulier et de la société haïtienne en général. En position de force, les sénateurs se montraient poussifs et tenaient la pression à un rythme soutenu. A tel point qu’on croyait que le pays allait finalement se débarrasser de ces parachutés sans culture de la chose publique à la veille du 12 janvier 2015. Mais en étant trop repliés sur leurs convictions politiques, ces sénateurs sont malheureusement devenus, pour ainsi dire, malgré eux, le coauteur d’un crime perpétré contre le parlement haïtien, contre la démocratie.

Comme président Préval, Martelly a sorti le grand jeu, celui de la diversion et de subterfuges politiques. Personne ne s’imaginait que ce pouvoir pourrait trouver le moyen politique nécessaire de tenir le coup. Coup de théâtre, au lendemain du 12 janvier, le rapport de force est inversé. Le pouvoir législatif faisait ses adieux et l’exécutif avait finalement raison des sénateurs croyant qu’ils peuvent toujours être forts sans le pouvoir politique et sans la protection du parlement leur conférant pouvoir de contrôle et immunité parlementaire.

En fait, dans toute cette escarmouche, le pouvoir exécutif en est sorti renforcer et le parlement est devenu dysfonctionnel. Ce 12 janvier s’est passé comme n’importe quel autre jour. A la seule différence, cette date a doublement marqué le collectif imaginaire des haïtiens. Le 12 janvier n’est plus seulement la date qui marque la disparition brutale de plus de 300000 individus lors du tremblement de terre mais aussi la caducité du parlement qui, par deux fois et en moins de trente ans, a connu le même sort. Mais qu’est ce qui explique le renversement de la situation?

A chaque fois que la tension monte d’un cran, le pouvoir a sa propre manière de calmer les esprits en sortant sa carde privilégiée, qui est le dialogue politique : un recours qui se montrait, toute fois, payant. Avec cette stratégie, il fait passer le temps en vue d’arriver sans trop grande difficulté au terme de son mandat. Et le dialogue d’El Rancho s’inscrivait dans cet objectif inavoué. De ce dialogue dit inter-haïtien, une première surprise nous est venue du côté du pouvoir en place. Certains amis du président, recrutés comme étant des partis de l’opposition, ont été invités à prendre part dans ce dialogue amical juste pour créer la diversion et la confusion. Beaucoup d’entre eux ont été, par la suite, choisi pour rejoindre l’équipe gouvernementale à la deuxième mi-temps du jeu.

Parmi ceux-là qui ont fait le jeu macabre de l’exécutif, nous pouvons citer sans les nommer pour ne pas les détourner de leur chemin, l’auteur du syndrome du cafard et celui du coup d’état raté en Avril 1989 contre le président General Prospère Avril. Tous deux sont sortis, en fin de compte, gênés de cette expérience indésirable. Ces derniers ont connu une triste fin dans la gestion de la RES Publica et même la fille de l’un de ces messieurs, qui était chef de cabinet, n’a pas été épargnée des frustrations de certains groupes qui exprimant leur mécontentement de la gestion décriée de son père lors de la cérémonie d’installation du nouveau ministre.

Le dialogue d’El Rancho n’a pas apporté au pouvoir la stabilité qu’il fallait pour le tenir hors du danger d’un probable renversement avant la fin de son mandat. Une deuxième fois le pouvoir a fait un coup de maitre. L’exécutif a tué le suspens en annonçant, dans un contexte ou le pouvoir n’était plus maître de la situation, la création d’une commission consultative qui a réuni des personnalités qui inspirent et jouissent de la confiance et du respect de la population. Si cette commission a créé la surprise, ses recommandations l’ont créée beaucoup plus : le départ exigé du premier ministre ainsi que son gouvernement, du président du CSPJ, et la dissolution du conseil électoral : une exigence qui paraissait, au départ, impossible.

Pourtant, sans la moindre hésitation, le Président Martelly a accepté d’appliquer à la lettre les recommandations de ladite commission. Le premier ministre Lamothe et les membres du CEP ont plié sans mot dire aux injonctions de la commission à l’exception de l’homme fort du CSPJ qui, selon certains, avait établi les conditions de son départ. Ce dernier devait par la suite donner sa démission, nous ne savons pas à quel prix. Un geste qui semblait, dans un certain sens, témoigner de la volonté du pouvoir de mettre fin à la crise politique. Mais au fond, tout a été une question de séparation de gâteau. Et ensuite ce fut au tour enfin du comédien, le vieux briscard de la politique haïtienne, Evans Paul, KP, de rejoindre Martelly pour former le duo Dessalines-Pétion de l’exécutif, dans un contexte de crise politique à l’allure d’une bombe à retardement. Et pour rappel, Evans Paul, comme c’était le cas d’El Rancho, était aussi membre de la commission consultative qui avait demandé la tête du premier ministre d’alors.

En fait, ce qui restait de l’opinion général après toutes ces histoires, c’est que ce pouvoir n’est arrivé à franchir miraculeusement le cap du 12 janvier que grâce à ce que représentent les membres de la commission consultative, ses recommandations que le pouvoir a exécutées à la lettre, le repêchage d’Evans Paul, dans l’opposition pour le placer à la primature, ce signe de reconnaissance . Un choix qui semble avoir été dicté par le contexte du moment si l’on considère sa réputation, sa carrière politique de plus de 40 ans de militance controversée dans l’opposition sans interruption, sauf en cas d’exil ou d’emprisonnement pour cause politique, sa modération dont les interventions et interviews à la radio et à la télévision en témoignent. Mais Evans Paul n’est-il pas une autorité sans pouvoir ou un capitaine sans gouvernail? N-a-t-il pas été trompé de bonne foi par le pouvoir en place ?

En se retrouvant premier ministre, dans un gouvernement où tous les grands ministres forts de l’ancien gouvernement ont regagné leur poste, n-y-a-t-il pas vraiment de quoi s’inquiéter et se demander de quelle autorité pourra exercer un premier ministre parachuté dans une structure déjà bien huilée et qui n’était pas conçue pour lui. Et comme, selon l’avis de certains, ce nouveau gouvernement, loin d’être un gouvernement de consensus, est un gouvernement Lamothe sans Lamothe. Est-ce en prévision à cette situation de saupoudrage que les sénateurs et les autres extrémistes n’ont jamais bougé de leur position ‘’zoblodiste’’?

La mise en place du gouvernement actuel, par sa configuration originelle lamo-tisimoniste, ne fait que donner raison au pessimisme des sénateurs quant au manque de volonté d’un président jouisseur à résoudre la crise politique qui sévit dans le pays dès sa prise du pouvoir. Cela montre clairement que monsieur Evans Paul a été choisi non pas pour mettre ses expériences politiques, acquises durant plus d’une trentaine d’années, au service de la nation haïtienne mais au contraire pour aider le pouvoir à affaiblir l’opposition dans le but de sauver son quinquennat. Malgré le contexte de sa nomination est mis en question, parce qu’elle ne dérive pas d’un consensus entre les acteurs en consultation qui, du reste, n’était pas représentative de l’opposition, personne ne peut mettre en doute sa capacité politique, encore moins les sacrifices qu’il a consentis pour la consolidation de la démocratie en Haïti, lui un rescapé des régimes autocratiques et sanguinaires du Président à vie Jean Claude Duvalier et du General Prospère Avril. Enfin de compte, qu’est-ce qu’il doit faire, en dernier ressort, pour sauver sa réputation politique déjà entamée ?

L’étiquette du rassembleur qui lui colle à la peau est, sans doute, en passe de devenir insignifiante, bien qu’il ait donné la leçon d’un homme politique madré non-orgueilleux à la Mandela qui a accepté de serrer la main avec ses agresseurs et ses bourreaux d’hier. Un dépassement de soi qui nous fait défaut et particulièrement aux politiciens haïtiens si l’on considère la réalité politique durant les vingt dernières années.

Si sa nomination a évité le naufrage du pouvoir, il faut reconnaitre que la situation qui règne actuellement dans le pays ne le met pas, toutefois, à l’abri. Sans emprise sur le gouvernement qu’il dirige, le premier ministre continue à être l’objet de vives contestations. Sa situation de facto, son manque d’autorité dans un pouvoir  »zobob » antinational, fait de lui un simple figurant qui sera, tôt ou tard, démasqué au moment où les forces obscures du pouvoir mettront à l’œuvre leur projet antidémocratique de passer le pouvoir à Lamothe.
En fait, pour sortir de cet étau gouvernemental, il lui faut un geste hors norme. Car, selon l’avis de certains, ou juste à regarder la configuration du gouvernementale, le vieux corbeau s’est laissé prendre au piège du renard. Et le geste serait de ne pas rester à bord mais plutôt de changer le fusil d’épaule, autrement dit, de démissionner de son poste de premier ministre.

Pour conjurer le mauvais sort, certains d’autres, croient qu’il peut s’en sortir parfaitement bien en créant la surprise d’organiser de très bonnes élections libres, honnêtes, et démocratiques. Et comment peut-on espérer de très bonnes élections de la part d’un premier ministre qui n’a aucune prise sur son gouvernement? Le contexte controversé dans lequel il a été nommé à la primature, sans légitimité parlementaire, sans consensus préalable, ne constitue-t-il pas un frein à sa capacité d’action ? Son discours d’investiture n’est-il pas un message de bon enfant qu’il a envoyé à Martelly en acceptant aveuglement de l’accompagner dans son projet destructeur de la nation?
En dépit du respect qu’inspire cet homme, ces questions nous rendent encore perplexes. Nul ne souhaite son échec, car son échec c’est celui de la nation toute entière. Nous lui souhaitons bonne chance dans cette mission déjà impossible. Et c’est maintenant nous comprenons qu’avec Martelly aucune négociation n’est possible.
Sylvens Alfred
alfredsylvens@ymail.com

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