La problématique de l’intégration de la diaspora haïtienne dans les affaires politiques du pays ?

La dépendance d’Haïti à sa diaspora reste un fait indéniable. Et aucun argument ne peut la contredire. Au contraire, elle semble renforcée après la tragédie du 12 janvier 2012, suivi de quelques fortes intempéries frappant de plein fouet l’économie haïtienne. A ces événements malheureux qui ont revu à la hausse la misère des familles haïtiennes, aggravant leurs situations déjà précaires bien avant cette date, s’ajoute le manque de vision et de leadership des dirigeants. Jusqu’à date, rien n’est pratiquement envisagé sinon les promesses qui restent encore pendantes. Aucun plan d’aménagement du territoire n’est encore pensé pendant que le phénomène de la rurbanisation bat son plein, et l’exode rural poursuit sa course normale. Tout est à l’oral. Partout les dirigeants actuels se targuent, en mettant sur pied une équipe propagandiste qui soutient contre son gré, un prétendu bilan de satisfaction de ses deux années passées au pouvoir. Pourtant, la réalité est autrement. L’économie haïtienne s’effondre. Tous les indicateurs macro-économiques sont en rouge. Et la prévision d’un déficit budgétaire pour cette année fiscale en cours annonce déjà la couleur. La situation devient plus difficile qu’il en était, il y a cinq ans. Donc, tout cela vient logiquement faire tourner l’espoir de la majorité des familles haïtiennes du pays vers sa diaspora. Une situation qui devient profitable à la lutte de la diaspora pour son intégration dans les affaires politiques du pays.

En fait, à coté de son incapacité à se montrer véritablement un levier incontournable au développement national par la réalisation des projets sociaux qui devraient, sans doute , exiger un minimum d’organisation structurelle établissant dans certains pays ou il y a une communauté haïtienne forte, la diaspora haïtienne est unique. Elle demeure, parmi d’autres catégories d’immigrants, fortement attachée à ses familles et à sa terre d’origine. Ses transferts en témoignent grandement, sans compter le prélèvement arbitraire de $ 1.50 sur les différents transferts dont aucune loi n’est établie à ce sujet et qu’une explication détaillée n’est encore fournie sur l’utilisation de ce fond dit destiné à l’éducation. S’il n’y a aucun doute de sa contribution à l’économie nationale, il en demeure différent pour son intégration politique. Cette question soulève nombreuses controverses. Et les avis restent partagés. De jour en jours, cette lutte se confronte à de nouvelles réalités venant de l’intérieur du pays. Donc, pourquoi cette intégration se révèle-t-elle difficile ?

A l’intégration politique de la diaspora haïtienne, se pose un problème majeur : celui d’ordre juridico-politique. Sur le plan juridique, la diaspora haïtienne mérite une redéfinition, sil en avait déjà une. Elle devrait être vue comme un statut qui implique des considérations sociales et juridiques. Ses droits et obligations doivent être bien établis et exercés au même titre que des haïtiens résidents dans le pays. Certaines questions méritent d’être débattues. On n’est diaspora à partir de quel moment ? Et quand on le cesse de l’être ? Qu’arrivera t-il à quelqu’un qui perde ce statut ? Peut-on à la fois diaspora et résident en Haïti ? Un étudiant qui est parti pour ses études à l’étranger fait-il partie de la diaspora ? Un détendeur de visa d’un pays étranger détient-il par ce fait ce statut ? Un haïtien qui détient la nationalité étrangère est-il diaspora ? la candidature d’un membre de la diaspora ne devrait pas être conditionnée à sa présence sur le territoire haïtien durant une période temps, une exigence de la constitution haïtienne de 1987 amendée en ces articles 91, 96, 135 respectivement dans les alinéas 4,4, et 5. Toutes ces préoccupations méritent d’être dissipées et d’autres questions que cela pourrait se soulever doivent être élucidées à travers une loi avant même de parler d’intégration politique. Ce qui éviterait tout malentendu et un refroidissement dans la relation d’Haïti à sa diaspora à un moment où ses transferts évitent le pays d’un réel éclatement social.

Politiquement, cette intégration s’avère difficile voire impossible. Elle dépasse le cadre juridico-légal de la question, telle que brièvement développée au début. Si les haïtiens de l’intérieur du pays réclament leur intégration, cela explique déjà l’ampleur que revêt cette demande de la diaspora évoluant, jusqu’à preuve du contraire, à l’extérieur. Peut-on intégrer tout le monde dans les affaires politiques du pays ? Aucun pays n’est passé, à mon sens, par ce stade. Mais en Haïti, cela semble possible. Puisque le pouvoir politique se banalise de jour en jour. Tous rêvent, sans compétences, de participer au plus niveau de la fonction publique. Une dérive qui semble sur le point de se stopper. L’incompétence de ces dirigeants actuels montre cette nécessité. Ce spectacle de mauvais goût mérite de s’arrêter pour éviter au pays le pire. La proposition de loi présentée par le député de Léogane en vue de barrer la route à tous ceux qui n’ont aucune formation académique et qui veulent à tout prix participer au plus haut niveau de la gestion du pouvoir politique s’inscrit dans cet éveil de conscience. Cette proposition de loi, bien que le pays en a vraiment besoin pour mettre fin aux kyrielles des parlementaires et ministres incompétents, mérite d’être, si elle aurait la chance de devenir loi, revue et corrigée. Certaines exigences académiques qu’elle requiert sont trop élevées.

En fait, on dit souvent que la réserve d’Haïti est à l’extérieur pour se référer implicitement à la diaspora haïtienne. Aujourd’hui, ce constat est bel et bien réaliste. Nombreux sont les haïtiens à l’extérieur qui détiennent de grades académiques supérieurs, professeurs, dirigeants de grandes centres de recherches universitaires. Seront-ils vraiment impliqués dans la politique du pays ? L’oligarchie haïtienne en est l’obstacle. Cette oligarchie traditionnelle, composée d’une fraction de la bourgeoisie mercantile et des politiciens rétrogrades émergés à la chute des Duvalier au pouvoir, ne favoriserait pas cette démarche. Ce qui reste sans surprise pour ceux-là qui suivent de très près la politique en Haïti. Car, ils se sont réjouis de ne jamais laisser le pays pour en fuir ses problèmes socio-économiques. Donc, la diaspora haïtienne en est prévenue.

Sylvens Alfred

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