Vaut-il vraiment la peine d’aller à l’Université en Haïti de nos jours?

Les sociétés qui accèdent à une sphère importante de développement social, politique et culturel l’ont eu grâce à la place prépondérante qu’elles accordent à l’université. Pour ces sociétés, l’université représente l’espace qui aide à la préparation des gens pour répondre aux multiples attentes sociales. Et c’est en les intégrant dans les institutions qu’ils peuvent être vraiment utiles et efficaces dans la mise en œuvre des idées de développement reçues à l’université. Qu’en est-il de l’université haïtienne ? Prépare-t-elle des hommes pour répondre aux attentes de la société haïtienne ?

Il faut dire que, bien avant de tenter une explication à cette double interrogation, dans les sociétés où l’université fait sienne les aspirations nationales, l’Etat et le secteur privé en jouent un grand rôle. De part leurs capacités pourvoyeuses d’emplois, ces deux secteurs contribuent au financement des recherches scientifiques tant par leurs productions que dans leurs diffusions. Cependant, à la différence du secteur privé, l’implication de l’Etat se voit sous la forme d’une obligation. En aucun pays au monde, l’université ne peut engager un projet de développement national sans l’appui inconditionnel et indissoluble de l’Etat qui la fournit un cadre légal de fonctionnement. Et c’est par lui qu’elle tienne son autonomie dans la poursuite effective des problèmes nationaux et ses ressources dans le cadre de la formation des gens pour répondre aux défis sociaux.

En fait, le rôle existentiel de la transmission du savoir scientifique, de formation et de rendre service à la communauté n’est pas échappé à l’université haïtienne ; bien que limitée, il faut l’avouer, à certains nombres d’aspect. L’université haïtienne maintient, depuis sa création et malgré les maigres moyens mis à sa disposition, sa tradition de formation de cadres pour la société haïtienne. Mais les contraintes sociales, l’absence d’une politique d’intégration, les dérives institutionnelles et les pratiques clientélistes et népotistes qui gangrènent les institutions nationales les ont poussés vers de nouveaux horizons. Une situation qui nous laisse un peu perplexe. Ce qui nous fait croire que les hypothèques sont loin d’être levées sur le devenir de cette nation.

Malheureusement, c’est la réalité critique à laquelle le pays a fait face depuis plus d’une décennie. Et le changement n’est pas pour demain. La raison est simple. L’université continue à ne pas faire partie des priorités de l’Etat haïtien voire de ce gouvernement actuel. Certains actes en témoignent grandement. Le programme d’accompagnement financier par lequel ce gouvernement vise à aider les étudiants est loin d’une initiative que l’on peut prendre au sérieux. Un tel programme aurait dû être articulé autour d’une vision globale de l’université qui prendra en compte toutes les entités de l’enseignement supérieur reconnues en Haïti. Elle semble, au contraire, des manœuvres manipulatoires visant plus à courtiser les étudiants et affaiblir l’université que d’être un programme d’aide de financement, comme fut le cas des autres pays qui offrent des aides financières aux étudiants de toutes les universités dont leurs programmes d’enseignement sont reconnus par l’Etat.

Cette initiative révèle à clair la démarche incohérente de nos dirigeants depuis des années. Elle se traduit, entre autres, par l’absence ou un manque d’engagement dans tout ce qui est de la formation de l’être haïtien qu’il soit technique ou supérieure. « Sur 54 écoles et universités dispensant, selon un article paru dans le nouvelliste du 24 avril 2013, une formation en sciences infirmières répertoriées dans la zone métropolitaine, 70 % de ces établissements ne sont pas reconnus par le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), organisme étatique chargé d’autoriser le fonctionnement des institutions de formation en sciences de la santé. 23 des centres de formation se trouvent à Delmas, 18 à Port-au-Prince et 13 à Carrefour. 38 d’entre eux ont pignon sur rue, font de la publicité, recrutent des étudiantes, dispensent des cours, obtiennent des stages, organisent des cérémonies de graduation des diplômés et les placent dans des établissements de santé sans être en règle avec la loi. La situation n’est sans doute pas différente pour les écoles de génie, de journalisme ou de diplomatie ».

Pour ce qui concerne l’UEH et les différentes universités publiques reparties dans les différentes provinces du pays auxquelles l’Etat s’est tenu d’accompagner financièrement, le constat est aussi décevant. «Pour ces quatre institutions indépendantes, mises ensemble, ne représentent, selon un article paru dans le nouvelliste du le 2 aout 2012, que 1,43% du prochain budget de l’exercice fiscal 2012/2013 en étude au Parlement, qui s’élève à plus de 131 milliards de gourdes. En effet, 1 880 552 241 gourdes sont attribuées à ces organismes par le gouvernement pour la prochaine année fiscale. Pour faire fonctionner ses facultés et entreprendre d’autres activités, la part du lion (1 110 690 334 gourdes, soit un peu plus de 59%) a été allouée à l’Université d’Etat d’Haïti. Le projet de loi de finances prévoit de cette enveloppe un budget d’investissement de l’ordre de 205 775 262 gourdes pour soutenir le programme d’appui au développement de l’université. Ayant un personnel régulier de 1 339 employés (mai 2012), l’UEH s’est vue octroyée un budget de fonctionnement de l’ordre de 904 915 072 gourdes pour assurer la bonne marche de ses 11 entités et du rectorat. « L’objectif pour l’exercice fiscal 2012/1013 est, entre autres, de rationaliser la gouvernance universitaire, l’organisation, la gestion et les communications ». En fait, comment peut-on croire à ce gouvernement qui ne cesse de claironner à travers les medias que l’université fait partie de l’une de ses priorités nationales pendant que le montant alloué à son fonctionnement ne représente moins que 1% du budget national, un montant qui est nettement inférieur par rapport à la prévision du rectorat qui est fixée à 1 milliard 400 milles gourdes et un autre 500 millions de gourdes pour des fins d’investissement. Et comme nous dit Fignolé : « Avec un tel budget de fonctionnement, l’UEH se retrouve fermée sur elle-même dans des structures vétustes, codifiant des savoirs dépassés», n’ayant d’autres visions, poursuit Fignolé, que de se perpétuer en développant une mentalité arcboutée à une réelle tentation de zombifier la connaissance avec des professeurs sans grande vision de leur destin d’intellectuels producteurs et dispensateurs de savoir En d’autres termes, dans tous les domaines l’université haïtienne s’interdit de former des chercheurs ».

Donc, on n’a pas besoin d’être un expert pour comprendre rapidement qu’un tel montant est loin d’offrir à l’université des moyens adéquats de fonctionnement lui permettant de poursuivre avec efficacité certains de ses objectifs fixés. Et c’est tout simplement incompréhensible dans un pays où les défis du développement à relever deviennent plus complexe après l’horrible tragédie du 12 janvier et qui exigent plus que jamais une augmentation dans la formation de gens qualifiés et compétents. Il est triste de constater que l’Etat se tarde encore à établir des moyens pour permettre aux cadres formés à l’université de rester dans le pays à l’heure où le développement national nécessite des ressources humaines qualifiées. Si cette volonté de mettre à l’écart des gens formés persiste, le pays finira par s’effondrer. Trop de têtes ont fui le pays. Plus on est formé, moins on a la chance de vivre dans le pays, ce qu’est devenue une demi-vérité en Haïti. Donc, dans ces conditions, en vaut-il vraiment la peine d’aller à l’université en Haïti ?

Sylvens Alfred
Référence bibliographiques
Yvon Janvier, Haïti: recherche universitaire et développement, le Matin du 08/02/2013
L’éducation professionnelle, l’autre grand gâchis / le nouvelliste publié : le 24 Avril 2013 disponible sur le site du http://lenouvelliste.com/article4.php?newsid=116064

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